Hors des ombres irréelles de la nuit, resurgit la vie réelle que nous connûmes. Il nous faut nous souvenir où nous la laissâmes ; et alors s'empare de nous un terrible sentiment de la continuité nécessaire de l'énergie dans quelque cercle fastidieux d'habitudes stéréotypées, ou un sauvage désir, peut-être, que nos paupières s'ouvrent quelque matin sur un monde qui aurait été refait à nouveau dans les ténèbres pour notre plaisir - un monde dans lequel les choses auraient de nouvelles formes et de nouvelles couleurs, qui serait changé, qui aurait d'autres secrets, un monde dans lequel le passé aurait peu ou point de place, aucune survivance, même sous forme consciente d'obligation ou de regret, la remembrance même des joies ayant son amertume, et la mémoire des plaisirs, ses douleurs.
C'était la création de pareils mondes qui semblait à Dorian Gray, l'un des seuls, le seul objet même de la vie ; dans sa course aux sensations, ce serait nouveau et délicieux, et posséderait cet élément d'étrangeté si essentiel au roman ; il adopterait certains modes de pensée qu'il savait étrangers à sa nature, n'abandonnerait à leurs captieuses influences, et ayant, de cette façon, saisi leurs couleurs et satisfait sa curiosité intellectuelle, les laisserait avec cette sceptique indifférence qui n'est pas incompatible avec une réelle ardeur de tempérament et qui en est même, suivant certains psychologistes modernes, une nécessaire condition."
Le portrait de Dorian Gray
J'aime juste être complétement bourré, recherchant la lumière derrière tes yeux



